La CCN 66 structure la quasi-totalité des actes RH dans le secteur social et médico-social non lucratif. Appliquer correctement la convention collective du 15 mars 1966, portée par Nexem, suppose une maîtrise fine des mécanismes de classement, de rémunération et de gestion du temps de travail. Nous passons ici en revue les points opérationnels qui posent le plus de difficultés au quotidien.
Reclassement CHRS et intégration dans les grilles CCN 66
L’accord d’intégration des salariés CHRS dans la CCN 66, signé le 22 mai 2026 et agréé par l’État le 10 juillet 2026, modifie directement le périmètre RH des structures concernées. Le principe retenu par Nexem et les partenaires signataires repose sur un rattachement au salaire égal ou immédiatement supérieur dans les grilles de la convention 66.
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Ce mécanisme évite les reconstitutions individuelles de carrière, souvent sources de contentieux. En pratique, il impose aux services RH de cartographier chaque salarié CHRS transposé, de documenter le coefficient de rattachement retenu et de conserver une traçabilité complète dans le dossier individuel.
Nous recommandons de formaliser un tableau de correspondance entre l’ancienne classification CHRS et les annexes de la CCN 66 avant toute bascule en paie. L’absence de ce document expose à des erreurs de positionnement qui se répercutent sur l’ancienneté, les indemnités et les droits à congés.
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Valeur du point Nexem et contrôle de conformité salariale

La valeur du point Nexem conditionne l’ensemble du calcul de rémunération sous CCN 66. Chaque revalorisation, comme celle intervenue en 2025, oblige à reprendre les bulletins de paie pour vérifier la conformité de chaque ligne de salaire de base.
Le salaire conventionnel se calcule en multipliant le coefficient de classement par la valeur du point. Une revalorisation, même minime, peut faire basculer un salarié au-dessus ou en dessous d’un seuil d’exonération sociale, ou modifier le montant des indemnités de rupture.
Points de vérification mensuels en paie
- Comparer le salaire brut de base au minimum conventionnel recalculé avec la valeur du point en vigueur, annexe par annexe
- Contrôler les avancements automatiques liés à l’ancienneté : un changement de coefficient non répercuté dans le mois génère un rappel de salaire rétroactif
- Vérifier l’articulation entre le salaire conventionnel et le SMIC, la CCN 66 ne garantissant pas toujours un écart suffisant sur les premiers échelons
- Recalculer les indemnités de sujétion, qui s’appuient sur le coefficient et non sur un montant forfaitaire
Un logiciel de paie paramétré avec les grilles Nexem à jour réduit le risque d’erreur, mais le paramétrage doit être vérifié à chaque revalorisation du point. Nous observons régulièrement des décalages de plusieurs mois entre la date d’effet et la mise à jour effective dans les SIRH.
Gestion du temps de travail et annualisation sous CCN 66
La durée du travail dans la CCN 66 repose sur des règles spécifiques qui s’écartent du droit commun du code du travail sur plusieurs points. L’annualisation, très répandue dans le secteur social et médico-social, demande un suivi rigoureux des compteurs individuels.
Congés trimestriels et congés d’ancienneté
Les congés trimestriels constituent la spécificité la plus visible de la convention 66. Ils s’ajoutent aux congés annuels légaux et varient selon l’annexe de rattachement du salarié. Les cadres et certains personnels éducatifs bénéficient de jours supplémentaires qui doivent être pris dans le trimestre concerné, sans report possible sauf disposition interne.
Les congés d’ancienneté, quant à eux, s’acquièrent par tranches. Le décompte démarre à la date d’entrée dans l’établissement, pas à la date de signature du contrat. Cette distinction, souvent négligée, peut fausser le solde de congés si le SIRH prend la mauvaise date de référence.
Annualisation et compteurs d’heures
L’annualisation du temps de travail sous CCN 66 suppose un accord d’entreprise ou d’établissement qui fixe la période de référence, la programmation indicative et les conditions de modification des plannings. Le suivi des compteurs doit permettre de distinguer les heures supplémentaires structurelles des dépassements ponctuels.
En fin de période, tout solde positif non compensé doit être payé en heures supplémentaires majorées. Les structures qui ne clôturent pas correctement leurs compteurs s’exposent à des régularisations lourdes lors d’un contrôle URSSAF ou d’un contentieux prud’homal.

Indemnités de départ et maintien de salaire en arrêt
La CCN 66 prévoit des règles de maintien de salaire en cas de maladie, d’accident du travail ou de maternité qui diffèrent du régime légal. Le calcul intègre l’ancienneté du salarié et la durée d’absence, avec des paliers progressifs qui exigent un suivi individualisé.
Pour les indemnités de licenciement, la convention distingue les salariés cadres et non cadres. Le mode de calcul conventionnel est souvent plus favorable que le minimum légal, mais il repose sur le salaire reconstitué à partir du coefficient et de la valeur du point, pas sur la moyenne des derniers mois bruts. Une erreur de base de calcul peut générer un différentiel significatif, dans un sens comme dans l’autre.
En matière de départ à la retraite, la CCN 66 fixe des indemnités spécifiques selon l’ancienneté. Nous recommandons de simuler le coût de départ dès que le salarié approche des conditions d’éligibilité, pour anticiper l’impact budgétaire sur l’exercice.
Check-list de conformité CCN 66 pour les petites structures
Les associations de taille modeste appliquant la convention collective du 15 mars 1966 disposent rarement d’un service RH dédié. Quelques réflexes permettent de limiter les risques.
- Mettre à jour la valeur du point dans le logiciel de paie dès publication de l’avenant Nexem, sans attendre la notification par le prestataire
- Archiver chaque fiche de classement signée par le salarié, avec le détail du coefficient, de l’ancienneté retenue et de la date de prochain avancement
- Programmer une revue annuelle des compteurs de congés trimestriels et d’ancienneté avant la clôture de l’exercice
La conformité à la CCN 66 ne se vérifie pas une fois par an lors de l’audit. Elle se construit mois après mois, à chaque bulletin de paie et à chaque modification de situation individuelle. Un écart non détecté en janvier devient un rappel de salaire en décembre, avec les majorations qui l’accompagnent.

